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Sciences des sociétés
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Soutenances mai 2019

Publié : 20 mars 2019
Catégorie : Soutenances
Voir : Bourses et l'ED 382


-  Vendredi 24 Mai : Monsieur Emmanuel CASAJUS
"Images, cultures et aspirations dans les contre cultures politisées. Le cas de l’Action Française"

Résumé : J’ai tenté dans ce travail d’analyser les pratiques sociales de la jeunesse militante d’extrême droite sous l’angle de sa culture juvénile, et de replacer cette culture juvénile dans l’ordre des évolutions matérielles et culturelles de l’Occident. Dans ma démarche, j’ai tenté de montrer que le nationalisme, sous ses diverses formes, n’avait jamais été en contradiction avec la modernité et la post-modernité, mais qu’il a été, au contraire, un de ses multiples visages. J’espérais ainsi rendre plus compréhensibles les pratiques de l’extrême droite contemporaine. Depuis les années 1960, les groupes « jeunes » se sont émancipés des mouvements politiques « adultes ». Les individus qui composent les sections jeunes, sont pour la plupart étudiants. Célibataires, bénéficiant d’une relative liberté matérielle, ils sont dans une situation transitoire entre une adolescence bien encadrée et une vie bien rangée. Par conséquent, leur passage dans la sphère radicale est souvent bref (une nouvelle relation amoureuse, de nouvelles amitiés, un nouveau travail l’interrompent aisément), et peu d’entre eux s’investissent très sérieusement dans le militantisme. Pour autant, l’idéologie politique n’est pas absente : c’est en fonction d’elle que les individus et les groupes se polarisent sur un champ concurrentiel, où chacun s’observe et se jauge. Il ne s’agit cependant pas d’une idéologie politique pure : mêlée de thématiques religieuses, de références culturelles et contre-culturelles, cette idéologie politique n’a plus pour fonction première de permettre une analyse « holistique » de la réalité, mais seulement celle de définir un rôle social valorisant. Afin de comprendre le rapport entre « le soi » des individus et les références politiques et historiques qui viennent l’étayer, j’ai développé un outillage méthodologique centré sur l’image.
J’ai commencé, dans un premier chapitre, par décrire deux phénomènes corollaires, qui ont complétement bouleversé le rapport des hommes occidentaux à eux-mêmes, et ceux depuis deux siècles :
• premièrement, le perfectionnement des moyens techniques capables de reproduire des images ; 
• deuxièmement, l’abaissement des coûts de production a permis de démocratiser les marchandises pourvoyeuses de fantasmes : prêt à porter, mobilier. 
En conséquence, depuis le XIXe siècle n’ont cessé de se développer des imageries et des systèmes de marchandises reflétant ces images. 
J’ai ensuite tenté de replacer la culture nationale d’une part, et la culture juvénile nationaliste d’autre part, dans l’histoire récente des transformations de la culture occidentale. 
J’ai essayé, dans les trois chapitres suivants, de mieux comprendre l’usage de ces imaginaires hybrides en analysant leurs emplois chez les jeunes gens des groupes d’extrême droite contemporains. 
Ces jeunes gens emploient, déploient, retravaillent des répertoires d’images préconstruites pour se construire une image identitaire groupale et individuelle. Cette image est pour ainsi dire monnayée sur un champ social où elle est reconnue (ceux qui la regardent ont l’œil pour la comprendre) et socialement valorisante. Ainsi les images semblent entretenir un rapport dialectique avec le monde social, dans la mesure où les acteurs sociaux, afin de se positionner en détenteurs absolus de certains attributs recherchés, les convoquent par intérêt, et qu’elles les réifient en retour.

-  Samedi 25 Mai : Madame Ninon DUBOURG
« AD OBSEQUIUM DIVINUM INHABILEM », LA RECONNAISSANCE DE LA CONDITION DE PERSONNE INFIRME PAR LA CHANCELLERIE PONTIFICALE (XIIE – XIVE SIECLES)

Résumé : Les suppliques reçues et les lettres émises par la Chancellerie apostolique entre le XIIe et le XIVe siècle attestent la reconnaissance de l’invalidité par l’institution pontificale. Elles actent l’existence d’une infirmité physique ou mentale et autorisent le suppliant à adapter ses missions de clerc ou de chrétien en fonction de ses capacités. Ces documents se situent à la frontière entre une parole institutionnelle et des sources de la pratique. La sollicitation provoque une intense et complexe production épistolaire, mettant en évidence les acteurs engagés dans ce processus – les individus invalides et les personnels curial et ecclésiastique. Elle dévoile les législations spécifiques à l’institution et entraîne une définition de l’infirmité par la Chancellerie pontificale, catégorisant les corps invalides selon leur condition physique ou mentale. Les réponses de la Curie, basées sur la tradition de compilation de cas similaires, connus par le droit et l’enregistrement, confirment la reconnaissance de la condition de personne infirme. Les suppliques et les lettres constituent ainsi un excellent laboratoire d’analyse pour étudier le handicap médiéval dans sa relation à la papauté comme institution.

-  Mercredi 29 Mai : Monsieur Nouri RUPERT
Unions conjugales des françaises « d’origine marocaine » entre la France et le Maroc. Identités multiples et rapports sociaux de pouvoir

Résumé : Cette thèse s’appuie sur la réalisation d’une enquête qualitative autour des trajectoires conjugales, allant des mariages aux divorces, auprès de trente-cinq femmes françaises « d’origine marocaine » entre la France et le Maroc.
Nous avons réalisé deux terrains ethnographiques, un en région parisienne et un autre au Maroc auprès de femmes nées en France de parents marocains, ayant fait le choix de rester installées en France ou circuler de manière plus ou moins longue, entre la France et le Maroc. Elles ont toutes connu une situation de mariage et divorce.
Les mariages et divorces ne peuvent se comprendre qu’en considérant l’importance des classes sociales, des territoires qu’ils traversent à l’aide des rapports sociaux de sexe, de nationalité et de « race », imbriqués et visibilisés par la « double présence » des femmes françaises « d’origine marocaine » entre les deux espaces.
Après avoir souligné le contexte socio-historique singulier dans lequel les descendantes d’immigrant-e-s font l’expérience d’injonctions paradoxales, construisant leur situation de minoration en dehors et dans le mariage, nous reviendrons sur la construction des rapports de pouvoir qui amènent à objectiver l’existence d’un espace de circulation franco-marocain. L’inextricabilité qui existe entre mariages et divorces permet enfin, dans ce travail, de penser les luttes autour du déplacement/replacement des femmes françaises d’origine marocaine sur le marché conjugal « français », après un divorce.

-  Mercredi 30 Mai : Monsieur DI PIERRO Mattia
"L’expérience du monde : Claude Lefort et la phénoménologie du politique"

Résumé : La convinzione che guida questa ricerca è che il punto. La conviction qui guide cette recherche est que le point capital de la pensée de Claude Lefort est dans l’application politique de la pensée de Merleau-Ponty et de sa conception du chiasme, de l’imbrication des tous les niveaux qui forment la réalité. On peut dire que la phénoménologie du politique lefortienne c’est une application de la leçon merleaupontienne à la dimension politique du sociale. Le cœur de cette lecture est représenté par Le travail de l’œuvre Machiavel où le rôle du pouvoir et sa relation avec le peuple et les grands peint une conception du politique dans laquelle il n’y a pas de séparation possible entre constituant et constitué, réal et imaginaire, immanente et symbolique.
Le premier chapitre analyse donc la genèse de la philosophie lefortienne pendant les années dans lesquels le philosophe participe au groupe Socialisme ou barbarie. Dans cette période sa réflexion, même si encore interne au marxisme, montre déjà les signes de la phénoménologie. Ce rapport est évident dans la critique lefortienne aux philosophies de l’histoire et dans la notion d’« expérience prolétarienne ». Tandis que les études les plus connues autour du philosophe parisien affirment que sa pensée naisse à partir du détachement du marxisme, on montre comme toutes les principales catégories de la philosophie lefortienne surgissent dans la lecture critique des œuvres de Marx. Comment nous montrons dans le second chapitre, c’est dans sa lecture phénoménologique des œuvres marxiennes qui les idées de division du social, de dimension symbolique et de chiasme prennent forme. Dans ce cadre c’est en outre important le rôle joué par l’ethnologie : les études de Marcel Mauss sur le don en particulier, mas aussi celui de Abram Kardiner, Gregory Bateson et Claude Lévi-Strauss.
Le troisième chapitre affronte la conception lefortienne de la modernité, l’idée d’institution symbolique et la question de la division du social. Il est une sorte de préparation à l’interprétation de Machiavel. En effet, le chapitre suivant est dédié à cette dernière. On examine ici la division entre « les humeurs », le rôle du pouvoir comme pole symbolique et la relation entre le pouvoir, les grandes et le peuple. Nous montrons comme dans l’interprétation des Discours et du Prince Lefort construit sa phénoménologie du politique.
Le dernier chapitre, enfin, analyse la démocratie et le totalitarisme comme résultat et sommet de la phénoménologie lefortienne. Nous voyons ici comme la dynamique conflictuelle de la démocratie traduit le mouvement de l’être proposé par Merleau-Ponty dans un langage politique. En conclusion on considère la nouveauté de la phénoménologie du politique lefortienne dans sa différence par rapport à la « démocratie insourgeante » proposé par Miguel Abensour.



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