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Sciences des sociétés
Ecole doctorale 624
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Soutenances Mars 2019

Publié : 11 février 2019
Catégorie : Soutenances
Voir : Bourses et l'ED 382


-  Vendredi 15 mars : Madame Pauline PICOT
« L’heure de nous-mêmes a sonné ». Mobilisations antiracistes et rapports sociaux en Ile-de-France (2005-2018).

Résumé : Cette thèse repose sur une enquête ethnographique menée entre 2013 et 2017 par observation (à des degrés de participation divers) et par entretiens, et sur une analyse de corpus. Elle vise à saisir l’activité militante concrète de plusieurs collectifs antiracistes franciliens : la Brigade anti-négrophobie, le Conseil représentatif des associations noires, le Parti des Indigènes de la République, le réseau Reprenons l’initiative contre les politiques de racialisation et le comité d’organisation des Journées contre l’islamophobie.
Croisant sociologie de l’action collective, des relations interethniques et des rapports sociaux, la thèse déroule le fil de l’analyse du travail militant au sein de ces collectifs. Il s’agit, d’un côté, d’expliquer ces mobilisations au regard des conditions sociales de leur apparition – le contexte politique, l’état du champ militant antiraciste – et leur conjonction avec les trajectoires des militant.e.s ; et d’un autre côté, de se pencher sur ce que l’action collective produit pour ceux et celles qui y participent.
On verra ainsi comment les mobilisations antiracistes déclenchées à partir du milieu des années 2000, du fait de militantes et de militants français héritiers de l’immigration (post) coloniale, participent d’une lutte pour l’hégémonie sur la définition du racisme en France : l’action collective contribue à produire des intellectuel.le.s, qui produisent de la théorie sur le social. Les formes de travail militant observées et analysées (intellectuel/domestique/émotionnel, visible/invisible) permettent d’interroger les façons dont s’actualisent les rapports de classe, de race et de sexe dans et par l’activité militante. Enfin, ces mobilisations ouvrent la perspective de la constitution des catégories minorisées dans les rapports sociaux de race en groupes sociaux « pour soi », politiquement représentés, c’est-à-dire la possibilité de formes de communalisation minoritaire.

-  Vendredi 15 mars : Madame Maria Soledad RUIZ-JABBAZ
"Dignité, estime et mépris. Enquête sur la dynamique quotidienne de la reconnaissance sociale dans une población de Santiago du Chili"

Résumé : Cette thèse porte sur la forme que revêt la dimension de la reconnaissance sociale en jeu dans les relations sociales, au sein d’une población - ou quartier sensible, selon l’usage en France -, située à Santiago du Chili, dans une vaste zone de poblaciones similaires. Il s’agit d’un quartier au niveau socio-économique bas, fortement stigmatisé, au sein duquel l’absence de services et d’organismes de l’État est presque totale. Une telle configuration urbaine, qui se répète dans d’autres secteurs de la capitale, fait de Santiago l’une des villes les plus ségréguées d’Amérique latine. À cela s’ajoute le fait que, en conséquence du projet néolibéral implanté au Chili à partir des années 70, les politiques de sécurité sociale, d’éducation, de santé, de logement et de retraite sont fondées sur des logiques mercantiles, et les prestations sociales sont organisées en systèmes de qualité diverse selon la capacité de paiement des usagers.
Prenant comme point de départ les définitions de la reconnaissance d’Axel Honneth, nous avons ancré nos recherches dans l’expérience vécue des pobladores. Ainsi, à partir d’une enquête ethnographique, l’objectif était de comprendre : Comment affrontent-ils au jour le jour la possibilité/impossibilité d’exercer leurs droits sur le plan du travail et de la santé ? Comment construisent-ils une position digne d’être valorisée en tant que parents, travailleurs et habitants d’une población ? Comment éprouvent-ils les diverses blessures morales, telles que le mépris et l’humiliation, dont ils peuvent être victimes (ou responsables) ? Enfin, quels sont les sentiments associés au mépris ressenti ? Ces dimensions sont étudiées tant à travers les relations sociales tissées entre les habitants du même quartier, que dans celles qui les lient aux institutions et aux acteurs sociaux externes.
Les résultats de notre étude nous présentent un milieu social hautement normé et « surveillant de lui-même », où l’information sur les voisins circule très vite par le biais des commérages. L’un des aspects les plus importants de la vie quotidienne, à travers lequel on obtient de l’estime, est certainement la constitution d’une famille, à condition que l’on s’acquitte des tâches assignées au rôle à remplir. Si ce n’est pas le cas, la sanction sociale est très forte, plus encore envers les femmes. La deuxième dimension essentielle est celle du travail. Le fait d’être un travailleur/travailleuse dur à la tâche, et de savoir profiter des opportunités, constitue une autre grande source de fierté. Par rebond, tout échec d’un projet professionnel entraîne un sentiment prédominant : la honte. La honte opère alors comme une auto-dévalorisation, dans la mesure où la cause d’une telle situation est attribuée à la propre incapacité de la personne. Sur le plan de la santé, les pobladores doivent faire face à un système public aux ressources très limitées, dont les institutions les traitent en inférieurs, et où ils doivent se soumettre aux normes de fonctionnement et aux décisions des experts, indépendamment de la compréhension qu’ils en ont. Finalement, en tant qu’habitants d’un territoire stigmatisé, la ségrégation socio-spatiale et la stigmatisation alimentent un cercle constant de comparaisons, d’évaluations et de dévaluations à l’intérieur même du quartier, multipliant et reproduisant ainsi une série de différenciations et de frontières.



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