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Economies, espaces, sociétés, civilisations : pensée critique, politique et pratiques sociales
Ecole doctorale 382
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Soutenances novembre 2018

Publié : 24 septembre 2018
Catégorie : Soutenances
Voir : Bourses et l'ED 382


-  Jeudi 08 novembre : Monsieur Rémi DE MATOS-MACHADO
"Paysages de guerre et Lidar : de la caractérisation des polémofomes à la conservation des patrimoines naturel et culturel de la forêt domaniale de Verdun (Meuse, France)."

Résumé : En 2013, l’utilisation de la technologie LiDAR en forêt domaniale de Verdun a mis au jour les stigmates géomorphologiques des combats de la Première Guerre mondiale, jusqu’alors masqués par un vaste manteau forestier de 10 000 ha. Vestiges du passé dans les paysages actuels, ces formes de relief, appelées polémoformes, possèdent une haute valeur archéologique. Il convient de les inventorier pour mieux les conserver dans une perspective de gestion durable du milieu forestier. À l’échelle de la forêt toute entière, ce travail n’est possible que si l’on développe une méthode de cartographie automatisée. Pour ce faire, la méthodologie présente trois volets :
1) analyser le modèle numérique de terrain et à en extraire les formes au moyen d’un algorithme semi-automatique ;
2) étudier la géométrie des formes inventoriées par une approche combinée d’analyses multivariées, qui permet le regroupement des polémoformes similaires ;
3) interpréter ces classes sur le terrain et grâce aux documents d’archives allemands et français. L’analyse cartographique révèle que plus de 600 000 polémoformes ont été conservées, auxquelles s’ajoutent plus de 400 km de restes de tranchées et boyaux de communication. La répartition et la diversité morphologique des polémoformes révèlent les pratiques d’aménagement du front, selon des logiques d’organisation telles que la distance au front et la configuration des paysages d’avant-guerre. Au-delà de la reproductibilité de la méthode, pouvant contribuer au développement de la recherche fondamentale sur d’autres champs de bataille, la thèse fournit des outils opérationnels pour la gestion et la conservation des patrimoines historiques, culturels et naturels de la forêt domaniale de Verdun. De ce fait, les ressources iconographiques produites seront exploitées dans la construction du prochain plan d’aménagement forestier, en vue d’optimiser la conservation des polémoformes et vestiges de guerre associés.

-  Vendredi 23 novembre  : Madame Nadia CORDERO GAMBOA
"Le devenir professionnel des jeunes diplômés étrangers en France"

Résumé : Les migrations professionnelle et étudiante ont été abordées sous l’angle des réseaux, de la socialisation ou des échanges entre les pays d’origine et la France. Cette recherche anthropologique, quant à elle, s’attache à analyser la situation professionnelle des jeunes diplômés de master ou de doctorat issus de pays n’appartenant pas à l’Union européenne. Ceux-ci souhaitent s’engager dans une activité professionnelle en France, toutefois « la question du retour au pays d’origine se pose souvent à l’issue de leurs cursus universitaire ». Pour eux, l’entrée dans le monde professionnel prend une dimension administrative très marquée. Ils se trouvent confrontés à des obligations administratives (pendant leurs études, dans la vie quotidienne ou au travail), à des contraintes d’insertion professionnelle ou de poursuite de carrière (postes réservés aux ressortissants de l’Union européenne, problèmes pour changer de statut) en passant par des difficultés à établir un projet professionnel après l’obtention de leur diplôme. Dans le cadre d’une démarche anthropologique, un travail d’immersion est mené au sein d’associations représentatives des doctorants travaillant sur la valorisation du parcours doctoral et d’associations qui informent et apportent leur soutien aux jeunes diplômés étrangers, afin d’appréhender la manière dont ils envisagent la suite de leur parcours en France et de connaître la manière dont ils le vivent.

-  Samedi 24 novembre : Madame Elodie GROSSI
« Bad Brains » : Race et Psychiatrie de la fin de l’esclavage à l’époque contemporaine aux États-Unis

Résumé : Cette thèse explore l’histoire sociale de la psychiatrie racialisée dans le Sud ségrégué et la médicalisation du corps noir du XIXe siècle jusqu’à l’époque contemporaine. En croisant les questionnements autour de la politisation de la science et des pratiques psychiatriques, ainsi que les notions de citoyenneté, de responsabilité et de droits civiques, elle étudie l’histoire des patients noirs en psychiatrie aux États-Unis et l’évolution des théories psychiatriques prenant pour cible l’altérité raciale. En s’appuyant sur un corpus d’archives personnelles de médecins, d’institutions de soins et de centres de recherche en psychiatrie, ainsi que sur une enquête qualitative réalisée auprès de psychiatres en Californie, elle montre la longue histoire des pratiques de discrimination raciale en médecine aux États-Unis et la construction de « l’apartheid médical » dans les hôpitaux du Sud depuis la fin du XIXe siècle. Ce travail retrace les différents régimes par lesquels la notion de race a été jugée pertinente par les psychiatres pour naturaliser les différences corporelles de la fin de l’esclavage jusqu’à l’époque contemporaine. Alors que la variable raciale commençait à être convoquée dans les études sur la folie à partir des années 1840, on observe, au cours du XIXe siècle, l’émergence d’un système de classification des pathologies et de routines appliquées aux corps noirs et blancs élaborés par les aliénistes sudistes pour contraindre et « guérir » les patients noirs dans des espaces séparés. En développant l’approche de la psychiatrie sociale et en fondant les premières cliniques urbaines dans les ghettos noirs dans le contexte de la Grande Migration, les psychiatres du Nord cherchaient par ailleurs à condamner à l’obsolescence les institutions ségréguées du Sud, et à réaffirmer la modernité de leurs propres pratiques. Ensuite, dans le contexte des années 1960, cette thèse montre l’intersection entre, d’une part, la politisation croissante de la recherche menée par les psychiatres sur la violence urbaine et, d’autre part, les représentations dans la littérature médicale des manifestants noirs, dont les comportements sont classés comme pathologiques. Enfin, ce travail aborde l’émergence de la psychiatrie anti-raciste durant le mouvement de désinstitutionalisation et révèle les enjeux du développement d’unités psychiatriques dans lesquelles des psychiatres formulèrent une nouvelle approche, à partir des années 1980, en plaçant la notion de race, comprise comme un paradigme biologique et culturel, au cœur de la relation médecin-patient. L’enquête qualitative conduite au sein d’une de ces unités et de plusieurs cliniques de soins en Californie dévoile les représentations sociales complexes et souvent contradictoires de la race qui existent aujourd’hui pour les psychiatres américains, pour qui cette variable est comprise simultanément comme une variable biomédicale et comme une construction culturelle et sociale. En conjuguant la recherche historique sur les pratiques de soins aux méthodes empiriques de la sociologie, cette thèse démontre que la mémoire de la race irrigue les pratiques et les discours de la profession psychiatrique américaine, aussi bien dans les représentations que les médecins véhiculent des corps soignés, que dans les stratégies de naturalisation du social employées pour prendre en charge leurs patients.

-  Mercredi 28 novembre : Madame Julie MARQUET
"Droit, coutumes et justice coloniale. Les affaires de caste dans les Établissements français de l’Inde"

Résumé : Tout au long du XIXe siècle, le gouvernement des Établissements français de l’Inde promet de respecter les us et coutumes des Indiens. Il s’engage notamment à juger les habitants de ses établissements suivant ces us et coutumes. Il forge ainsi une catégorie juridique pour désigner les conflits coutumiers pris en charge par la justice coloniale : les « affaires de caste ».Cette étude des affaires de caste contribue aux développements récents des recherches d’histoire impériale et coloniale sur la formation du droit. Elle rejoint les travaux actuels qui remettent en cause l’idée que le droit colonial est imposé par le haut, suivant une logique rationnelle, et montrent qu’au contraire, il est le fruit de compositions avec les formes juridiques précoloniales et les possibilités locales. La thèse étudie spécifiquement les processus de composition à l’œuvre dans le façonnement du système juridique en matière de caste. Le système juridique, entendu comme l’ensemble des règles de droit, les institutions chargées de les appliquer et les usages de ces institutions, est envisagé dans son rapport aux demandes sociales. Cette approche localisée de la situation coloniale apporte de plus un éclairage nouveau sur la société indienne dans le sud du sous-continent. Elle participe ainsi au débat sur la constitution des castes comme unité sociale et comme catégorie administrative à la période coloniale. Le système juridique est examiné sous différents angles. Dans un premier temps, la focale est placée sur les cadres coloniaux des affaires de caste et les modalités d’expression de la souveraineté du gouvernement colonial. Dans un second temps, l’attention est tournée vers les différents acteurs de la résolution des conflits, qui participent au façonnement de ces cadres. Pour finir, l’étude s’arrête sur la forme et les enjeux des litiges, de manière à saisir le rôle des justiciables dans la production des normes sociales et juridiques.



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