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Sciences des sociétés
Ecole doctorale 624
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soutenance novembre 2021

Publié : 10 novembre 2021
Catégorie : Soutenances
Voir : Bourses et l'ED 382


20 novembre 2021 : soutenance de Mme TARDIVEL Chloé

Titre : Des paroles blessantes. Genre, identités sociales et violence verbale dans l’Italie communale (Bologne, 1334-1402)

Résumé : La thèse se propose à partir de l’analyse de plus de 550 procès pour « paroles injurieuses » (verba iniuriosa) recueillis dans les archives judiciaires de Bologne d’enquêter sur les pratiques langagières des Bolonais et des Bolonaises du XIVe siècle. Ce travail de recherche pluridisciplinaire, à mi-chemin entre l’histoire sociale, l’histoire du genre, l’histoire de la justice pénale et de la sociolinguistique, montre tout d’abord à rebours de l’historiographie sur le sujet, que les hommes et les femmes adoptent le même code et comportement langagier lorsqu’il s’agit d’injurier son prochain. Qu’il s’agisse d’insulter, de maudire, de menacer ou de mépriser, les individus, quel que soit leur genre, disposent du même potentiel de blesser autrui par la parole. La particularité des sources étudiées réside dans la transcription de l’injure en langue vulgaire. L’objet de la recherche est d’enquêter aussi bien sur les pratiques langagières orales qu’écrites de la langue vulgaire à partir des registres judiciaires, une langue qui n’est pas normalisée au XIVe siècle. Dans un deuxième temps, dans une perspective anthropologique et de sociologie interactionniste, l’analyse s’intéresse aux situations injurieuses telles qu’elles sont rapportées dans les procès-verbaux (les lieux, les temps, le profil des injurieurs, des injurieuses, des injuriaires, mais aussi du public qui assiste à ces performances verbales, etc..). On défend l’hypothèse que par l’intériorisation des normes de genre, les hommes et femmes sont tenues de dénoncer par le langage tous ceux et celles qui ne s’y conformeraient pas en vue de maintenir l’ordre social et moral établi. Le discours injurieux est problématisé dès lors comme une opportunité pour les individus de performer une identité de genre au sein de leur communauté. En insultant publiquement un homme d’être « un traître », « un voleur » ou une femme d’être une « putain » (les figures repoussoirs du masculin et féminin à l’époque), la personne allègue face à la communauté que sa cible ne correspond pas aux attentes de genre (être un honnête homme ou une femme vertueuse). Dès lors, elle s’affirme comme la seule et unique garante des normes de genre en vigueur. Partant de l’idée qu’on injurie aussi bien avec la langue qu’avec le corps, une attention toute particulière est consacrée dans cette partie au langage corporel de l’injure médiévale. Enfin, dans un troisième temps, cette recherche propose de réfléchir sur la « moralité langagière » qui prévaut à cette époque-là, à partir des différentes pièces judiciaires recueillies en archives, et notamment à partir des brouillons notariaux qui ont fait très peu l’objet d’études de la part des médiévistes. La confrontation des procès pour « paroles injurieuses » conservés dans les registres judiciaires officiels avec leurs brouillons montre que les notaires ont tendance à « policer » la langue de l’injure réellement proférée pour ne faire apparaître dans un contexte judiciaire publique une langue injurieuse « acceptable », dans le but de protéger la réputation des victimes injuriées, principalement celle de sexe féminin. D’autre part, l’analyse de l’issue pénale des procès montre que les individus recourent à la justice non pas dans le but d’obtenir à tout prix une réparation financière mais dans le but d’obtenir avant tout une reconnaissance émotionnelle du préjudice subi, en le rendant public.

22 novembre 2021 : soutenance de Mme BONNEAU Lila

Titre : De l’origine aux devenirs de l’architecture thérapeutique du XXème siècle et de ses milieux. L’hôpital Beaujon à Clichy (1935-2021).

Résumé :Cette recherche monographique de bâtiment porte sur l’hôpital Beaujon de Clichy, inauguré en 1935 (Urbain Cassan-Louis Plousey architectes et Jean Walter, architecte-entrepreneur).
Premier hôpital de grande hauteur en Europe, cette « Machine à guérir » frappe par son équilibre entre les influences internationales issues de l’américanisme et le rationalisme de la culture constructive française. Cet ensemble hospitalier est par ailleurs le reflet des approches hygiénistes, fonctionnalistes et de l’esthétique Art déco de l’entre-deux-guerres. Il puise également sa force dans la volonté des concepteurs de construire un espace propice au bien-être et à la guérison.
Considéré comme obsolète face aux évolutions médicales et aux restrictions technico-réglementaires croissantes, l’hôpital Beaujon devrait être amené à changer son usage d’origine, bien qu’il ait connu des adaptations de plus en plus rapides, notamment au moment de la crise sanitaire 2020-2021.
A travers la compréhension de l’histoire et de la mémoire du site, de sa genèse et anamnèse, à son état des lieux, cette thèse cherche à mettre en lumière les valeurs matérielles et immatérielles composant l’ « Esprit Beaujon ».
Première étude parcourant l’arc spatio-temporel de cet édifice et de ses milieux, jalon et icône de l’architecture hospitalière du XXème siècle, cette recherche tente d’ouvrir sur des perspectives futures, en s’appuyant sur une analyse du potentiel de transformation d’une oeuvre exceptionnelle.

27 novembre 2021 : soutenance de M. PAUTET Sébastien

Titre : Le défi chinois des Lumières. Savoirs techniques et économie politique en France au temps des circulations sino-européennes (XVIIe -XVIIIe siècle).

Résumé :Les techniques chinoises occupèrent une place singulière dans la pensée politique, économique et savante du XVIIIe siècle en France. Un ensemble de facteurs convergents en Chine et en Europe (religieux, commerciaux, savants, politiques) contribuèrent au cours des XVIIe et XVIIIe siècles à faire de l’empire des Ming et surtout des Qing un modèle d’expertise en matière de techniques dans un champ élargi de savoir-faire et de productions. Le royaume de France, en raison du rôle stratégique qu’occupa la mission jésuite de Pékin tout au long du XVIIIe siècle et des liens tissés entre État, science et entreprise depuis Colbert, fut aux avant-postes de circulations majeures d’informations sur les techniques chinoises. Tout en insistant sur les raisons qui contribuèrent à singulariser la Chine au regard d’autres espaces avec lesquels l’Europe était en contact, nous montrons qu’en France l’expertise chinoise fut mobilisée par le biais d’enquêtes commandées à des acteurs implantés dans le Céleste empire en vue de perfectionner les techniques manufacturières et artisanales européennes et servir de contrepoint aux voies de développement privilégiées par les administrateurs durant la première industrialisation. Le manuscrit se divise en trois parties. La première partie met en évidence les raisons qui ont concouru à faire de la Chine un éminent « sujet » des Lumières techniciennes. Alors que littérature missionnaire du XVIIe siècle contribua à enraciner l’idée d’une commensurabilité des savoirs techniques chinois et européens et à construire un imaginaire technique de la Chine, les relations commerciales sino-européennes entraînèrent une mise en contact des productions analogues susceptibles d’améliorations mutuelles. En France, l’ « administration technicienne » du XVIIIe siècle érigea la Chine en source d’interrogation sur les perfectionnements techniques à apporter à son industrie, par le biais de multiples questionnaires envoyés en Asie orientale et à la structuration d’un canal d’échanges d’informations au long cours. La deuxième partie montre la façon dont les acteurs sollicités par les autorités ont cherché à répondre à la demande émanant des institutions savantes et royales au cours du XVIIIe siècle. Cette partie insiste sur l’importance des mobilités humaines pour la transmission de savoirs techniques à l’époque moderne et explicite les réponses qui furent apportées aux commanditaires par les agents de terrain en privilégiant une micro-histoire des acteurs et lieux d’observation et de collecte d’informations sur les techniques en Chine. La troisième partie étudie la façon dont les informations envoyées de Chine furent diffusées au cours du XVIIIe siècle. On insiste en particulier sur les ressources matérielles, textuelles, et visuelles reçues de Chine et les réseaux qui y eurent accès. Pour ancrer les circulations de savoirs dans une approche concrète, on privilégie dans cette dernière partie plusieurs études de cas démontrant que les circulations de techniques chinoises eurent moins pour finalité leur réplication en Europe qu’à servir d’expertise pour orienter les décisions stratégiques prises par le gouvernement royal dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.



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